dimanche 10 janvier 2016

Les perfectionnements de l'Artillerie intervenus à la fin du XIX° siècle et la génèse du 75.

Vers la fin du XIX siècle, une révolution technologique est intervenue dans l'artillerie, venant remettre en question les principes en place.

Voici les perfectionnements les plus marquants:




- les fusées à temps perfectionnées, inventées en France en 1877, permettent de faire exploser l'obus sur sa trajectoire, à une distance déterminée.

- la première poudre sans fumée créée en 1884 par un Français, l'ingénieur général des poudres Paul Vieille (1854 - 1934).


Cette poudre obtenue par gélatinisation de la nitrocellulose, fut baptisée " poudre B ", d'après le nom du Général Boulanger (1837 - 1891), ministre de la guerre en 1886.

Cette poudre va permettre un allongement significatif de la portée des canons et rendre le tir sous casemate possible, même à une cadence soutenue (la poudre noire rendait l'air irrespirable).

En 1891 les Britanniques produisirent la première cordite, poudre stable sans fumée qui conservait longtemps sa puissance.


- Avec cet allongement de la portée des canons, le tir sur des objectifs masqués (ou indirect) devient possible. Il faut donc étudier le tir avec utilisation de la carte, créer des instruments de pointage adaptés et approfondir les calculs mathématiques de la balistique. En 1879 à Bourges, le cours pratique de tir est crée pour enseigner et étudier ces nouvelles techniques de tir d'artillerie.



- Dans le domaine de l'aciérie, les canons coulés ou forgés, relativement cassants, sont supplantés par une nouvelle technique, le frettage, qui devient alors le principal procédé pour construire des canons.

Plusieurs tubes d'acier sont enfilés les uns sur les autres à chaud. Après refroidissement, chaque tube agissait sur les précédents comme une frette. L'avantage de cette méthode était d'adapter l'épaisseur d'acier en fonction de la pression dans le tube au départ du coup: très épais au niveau de la chambre, plus fin vers la sortie du canon.


- Dans un premier temps, les progrès mécaniques permettent de recharger les pièces d'artillerie par l'arrière grâce à une culasse assurant l'étanchéité. Les nouveaux canons de campagne à tir rapide demandent donc une munition " encartouchée" pour améliorer la cadence de tir (c'est-à-dire encastrée sur une douille contenant la charge propulsive, à la différence des munitions " à sac " ou " à gargousse " où le projectile et la charge propulsive sont chargés séparément).


- Ensuite un nouvel explosif, bien plus puissant que la poudre noire, voit le jour : la MELINITE.

C'est un fabricant de jouets en caoutchouc, Eugène Turpin, qui en est à l'origine. 

Utilisant la chimie pour fabriquer ses jouets, il s'intéresse beaucoup aux explosifs. Il lui vient l'idée d'utiliser l'acide picrique qui lui permet de colorer ses jouets pour tester un nouvel explosif. Il veut le faire fondre pour le charger mais l'acide picrique explose tout seul à une température de 300°. Il découvre qu'il est possible de le chauffer dans un bain marie d'huile sans danger. Une fois fondu, il devient plus difficile à faire exploser. Il imagine donc un détonateur chargé d'acide picrique non fondu (donc plus instable) et d'une amorce de fulminate de mercure. Dès 1884, il montre sa découverte à la direction des poudres qui, après des essais, récompense Turpin pour l'importance technologique de ses recherches.




Mais un Capitaine d'artillerie vendit ce secret aux anglais qui l'utilisèrent sous le nom de LYDDITE. L'acide picrique prit le nom de ménilite ( du grec méli - le miel) pour détourner les espions adverses alors que l'Allemagne venait de découvrir la poudre nitrocellulose.



Cependant, cet explosif puissant fut à l'origine de graves accidents et des directives concernant les précautions à prendre avec la Ménilite durent être prises en 1887. Des tirs d'essai eurent lieu avec des obus chargés de ménilite pour évaluer leur puissance de destruction. Du 11 août au 25 octobre 1886 environ 200 coups de 155 mm et 100 coups de 220 mm furent tirés sur le fort de la Malmaison par une commission technique de l'artillerie et du génie. Un obus de 155 mm ainsi chargé possède des effets particulièrement dévastateurs contre les murailles et les façades des casemates.



La plupart des grandes armées étrangères, adoptent alors des canons d'artillerie plus légers, puissants et plus maniables : l'artillerie de campagne est née. Le Général Langlois définit ainsi le principe du canon à tir rapide en 1892 dans son livre " L'artillerie en liaison avec les autres armes " :



" Le service du canon à tir rapide comporte les opérations suivantes, entre le départ de deux coups consécutifs :

1- ramener la pièce en batterie,

2- La charger,

3- La pointer.



Le but du canon à tir rapide est de réduire au minimum le temps nécessaire à ces trois actes :

1- on supprime l'opération de remise en batterie en rendant l'affût immobile pendant le tir ;

2- on supprime le pointage, ou du moins on réduit beaucoup sa durée, en s'arrangeant pour que la pièce revienne à sa position de tir après chaque coup ;

3- on réduit le temps nécessaire au chargement par l'emploi d'une gargousse métallique, reliée au projectile." 





Le " 75 " fut le premier canon de campagne à tir rapide, avec une cadence de tir atteignant 20 coups par minute. 

Son apparition, en 1897, annonçait une révolution dans la conception et les aptitudes de l'artillerie. Le " secret " du canon de 75 mm, le mécanisme qui le distinguait de tous les canons précédents, était son long cylindre de recul, un dispositif qui absorbait l'énergie du recul et ramenait le canon en batterie efficacement, sans ébranler la position de l'affût.



Cela évitait d'avoir à re-pointer la pièce en direction et en angle après chaque coup tiré, ces opérations prenant du temps pour être précises.

Le tir rapide était né.




Le 75 fut l'invention du Commandant Deport, des Ateliers de Puteaux. Les premiers exemplaires furent mis en service en 1898. Ils firent donc campagne dans les guerres de Chine, du Maroc et des Balkans. 

Pendant la 1° guerre mondiale, le 75 fut aussi le canon de campagne du corps expéditionnaire américain.

Il pris part aux combats de 1940 en France et les derniers exemplaires furent retirés du service à la fin de la guerre d'Algérie.