lundi 11 janvier 2016

Les chevaux pendant la Grande Guerre

Quatre mois après le début de la guerre, l’armée commence déjà à manquer de chevaux, ceci malgré plusieurs séries de réquisitions. Il est même décidé d’abaisser d’un an l’âge minimum de réquisition des chevaux. 

Mais tous les chevaux ne peuvent être réquisitionnés sans mettre en danger
l’activité économique du pays car les exploitations agricoles et même l’industrie utilisent largement la force hippomobile pour leur production. De nombreux paysans sont déjà forcés de ne travailler qu’avec un minimum d’animaux. De plus, une grande partie du territoire national est envahie par l’ennemi et prive l’armée d’une grande partie des animaux réquisitionnables avant la guerre. 

André ARIBAUD, note dans ses carnets de guerre: (...) « Les propriétaires de ces chevaux se trouvaient désemparés et se demandaient comment assurer, à l’avenir, l’exploitation de leurs propriétés.»

Début 1915, on estime à 128 000 le nombre de chevaux morts ou n’étant plus apte à faire campagne. Les besoins mensuels sont énormes et s’élèvent à environ 35 000 chevaux. La France trouve rapidement la solution à ses besoins dès la fin 1914 en ayant recours à l’importation de chevaux en provenance des Etats-Unis.

Le jeune André ARIBAUD s’engage en 1916 pour 3 ans au 3° RAC en tant que conducteur. L’équitation prend une part importante sans ses classes d’artilleur ; il témoigne à propos des chevaux américains :
« Les classes à cheval furent extrêmement pénibles, attendu que nous devions apprendre à faire du cheval avec des chevaux sauvages pris au lasso dans la brousse canadienne. Ils arrivaient par pleins bateaux, et cela devait continuer jusqu’à la fin de la guerre, la presque totalité des chevaux français ayant été réquisitionnés en 1914. »

De 1914 à 1917, la remonte militaire réquisitionne ou achète environ 950 000 animaux en France et importe des Etats-Unis environ 474 000 chevaux, soit un total de 1 450 000 chevaux et mulets incorporés dans les armées en 41 mois.

L’énorme consommation de chevaux pendant la grande guerre dans l’Artillerie est due à plusieurs facteurs :

- les chevaux fournis par la remonte ne correspondent pas toujours aux critères de rusticité recherchés pour des chevaux d’artillerie ou bien ils arrivent déjà fatigués ou peu entraînés,

- le surmenage de ces chevaux lors des préparations des grandes offensives qui effectuent des étapes beaucoup trop longues pour rejoindre leur secteur, les ravitaillements en munitions incessants pendant la bataille, dans un terrain boueux et accidenté ou bien sous un soleil de plomb. Paul LINTIER témoigne lorsqu'il doit rejoindre de nuit sa position dans les Vosges: "J'avance lentement. Derrière moi, les lourdes voitures attelées de huit chevaux suivent à grand'peine à travers les montées rudes et les descentes plus terribles encore sur les pierre roulantes."

- les maladies atteignent d’autant plus facilement les animaux qu’ils sont surmenés et souvent mal nourris; c’est une des principales causes de mortalité des chevaux dans l’Artillerie, les épidémies ayant eu des effets dévastateurs.

- Au même titre que les hommes, les chevaux étaient soumis aux tirs dévastateurs de l’artillerie adverse qui causait de lourdes pertes. André ARIBAUD, artilleur au 273° RAC, témoigne dans ses mémoires : « Malheureusement cet obus était tombé sur la route où étaient arrêtées les voitures de la batterie (…) nous assistons à un bien triste spectacle. On entendait des plaintes de partout et c’était la nuit noire. Certains conducteurs étaient enchevêtrés dans les traits, sous les chevaux morts ou blessés. (…) Un grand nombre de morts et de blessés gisaient au milieu des chevaux tués ou blessés, appartenant tous à la 41° batterie. »