lundi 11 janvier 2016

Les canons de 75 de DCA (défense contre aéronefs)

Les débuts de la lutte anti-aérienne:


Lorsque la grande guerre éclate, l'idée d'une artillerie contre ballons et avions avait déjà été évoquée depuis le début du siècle.

En effet les artilleurs voient rapidement le rôle primordial que peuvent avoir les ballons d'observation dans le réglage des tirs et la désignation des objectifs. En désaccord avec la doctrine du commandement, ils veulent même donner aux ballons une mission de combat et de bombardement.

Dès 1909, l'artillerie crée un établissement d'aviation militaire, sous les ordres du Lieutenant-colonel Estienne. Cette unité est chargée dans
un premier temps d'expérimenter différentes utilisations de ballons au service de l'artillerie.

Mais les progrès réalisés par l'aéronautique militaire conduisent très tôt à la nécessité de protéger ces ballons en forme de saucisse. Très peu maniables et très vulnérables face à l'armement emporté par les avions, on décide de créer des moyens de défense contre aéronefs (DCA). Ces moyens vont dès le début de la guerre de position avoir aussi pour mission de protéger les lignes françaises des nombreux avions de chasse allemands.


Le 75 de DCA modèle 1913:


En 1913 le premier canon de 75 de DCA entre en service: l'auto canon de 75 De Dion Bouton modèle 1913
Ce canon au pointage tous azimuts, novateur pour l'époque, s'avère au cours de la guerre mal adapté pour lutter contre des avions de plus en plus rapides et maniables et volant de plus en plus haut (vitesse de pointage trop lente, munition inadaptée...). 
Alors qu'un seul exemplaire existait au début de la guerre, ce sont environ 400 auto canons de 75 qui défendent, comme ils le peuvent, la ligne de front français en 1918. Rassemblés au sein de groupes d'auto canons dès 1916, ils sont directement placés sous les ordres des corps d'armées et leur utilisation les amènent à être souvent déplacés pour venir soutenir les grandes offensives en préparation. De nouveaux obus, mieux profilés voient le jour.



En 1918, la DCA aux armées est réorganisée en cinq régiments (RAAA) disposant chacun de quatre batteries d'auto canons modèle 1913, deux compagnies de projecteurs, et une compagnie de ballons de protection.

Ces cinq régiments prennent naturellement la suite chronologique des 62 RAC. Crées en 1917 (sauf le 66° et le 166°, crée en 1918), ils sont:
- Le 63eme Régiment d'Artillerie Anti Aérienne,
- Le 64eme Régiment d'Artillerie Anti Aérienne,
- Le 65eme Régiment d'Artillerie Anti Aérienne,
- Le 66eme Régiment d'Artillerie Anti Aérienne (créé en 1918 en dédoublement du 63eme Rgt d'Art Anti Aérienne),
- Le 166eme Régiment d'Artillerie Anti Aérienne (créé en 1918 en dédoublement du 63eme Rgt d'Art Anti Aérienne).

Grace au rapprochement franco-polonais lors de la convention militaire du 19 février 1921, un traité est signé entre les deux pays à LOCARNO en 1925. La France vend, dans le cadre de ces accords de collaboration, du matériel militaire à la Pologne. Canons de 75 modèle 1897 et auto canons modèle 1913 équipent désormais l'artillerie polonaise.

L'évolution de la DCA après guerre:


Dès 1923, une commission est créée et chargée de définir un programme pour les matériels futurs de DCA. En 1928, une nouvelle bouche à feu de 75 mm entre en service. Trop puissante, elle ne plus être montée sur le châssis De Dion Bouton. Cette bouche à feu équipe les canons de DCA modèle 1930, modèle 1932, 1933 et modèle 1934 sur affût-remorque modèle 1917.
Ces nouveaux canons de DCA sont très éloignées de la bouche à feu modèle 1897, tant par leur organisation que par leurs munitions. Ils ne seront donc pas traités ici.

Néanmoins, les nombreux auto canons De Dion Bouton restent encore en service. Ce n'est qu'avec le programme de 1935 que l'on songe enfin à moderniser les matériels vieillissants de la DCA aux armées. L'auto canon modèle 1913 reçoit un poste central de tir direct modèle 1934 et prend ainsi l'appellation "modèle 1913/1934".
En avril 1940, il subsiste encore 236 auto canons modèle 1913/1934 sur 3706 matériels de DCA disponibles (tous modèles et calibres confondus).

La création de la Défense Aérienne du Territoire:


Pour compléter la protection apportée par la DCA aux armées, qui est une composante mobile, on décide de créer la DAT (Défense Aérienne du Territoire). Cette DAT s'applique, d'une part à l'ensemble des matériels semi-mobiles mis à la disposition du Chef des forces anti-aériennes, et d'autre part à la mission de défense de points sensibles et de zones sensibles du territoire situées en dehors de la zone des armées. 

Pendant la grande guerre, le premier canon de DCA réglementaire sur plate-forme est le canon de 75 sur plate-forme modèle 1915. Ce canon fixe nécessite un délai d'environ 24 heures pour être mis en batterie. Il permet le tir en direction sur 360° et en site de 0° à 75°. S'il reste efficace pendant la guerre 14-18, ses limites apparaissent pendant les années 20 face à l'augmentation des performances des aéronefs. 
Grâce au programme de 1927, les 75 modèle 1897 sur plate-forme sont progressivement remplacés par de nouvelles plate-formes plus légères et pouvant accueillir indifféremment la bouche à feu modèle 1897, 1928 ou 1930 (avec culasse semi-automatique).
On ne dénombre plus qu'une vingtaine de canons de 75 modèle 1897 sur plate-forme 1915 encore en service en avril 1940, ainsi qu'une quinzaine de canons de 75 modèle 1897 sur plate-forme 1939.