dimanche 31 janvier 2016

Le 7 février 1915: la journée du 75

La journée du 75 du 7 février 1915 a été organisée par le Touring Club de France qui a lancé "L'oeuvre du soldat au front". 

Cette Oeuvre a pour but de faire tenir à nos combattants le plus possible d'objets d'hygiène et de confort, un peu de bien-être dans les quatre à cinq cents kilomètres de tranchées où se prépare notre avenir. 

Ce jour-là, se répandent, sur tout le territoire français, 50.000 quêteuses, qui, en échange d'un joli insigne commémoratif, reçoivent l'obole que veut bien leur remettre le passant au profit de l'Oeuvre du Soldat au Front. 



Devant le succès de la quête organisée au profit du poilu (22 millions d'insignes vendus), cette action fut renouvelée le 14 février, puis prolongée pendant toute l'année 1915, avec une vente de médailles et insignes qui rapportèrent
5 266 182 francs de recettes à la date du 10 juin 1915. La publicité fut largement assurée par près de 150 000 affiches contresignées par le Ministre de l'Intérieur.


Extrait d'un article paru dans  la revue les Annales n° 1648 de 1915:

" (...) Pourquoi le héros de cette journée sera-t-il le canon de 75 ? Parce que, dès le début des hostilités, cet admirable défenseur nous a donné à espérer. Parce qu'il était là, comme était là la vaillance française. Parce qu'il synthétise, aux yeux du monde entier, la victoire prochaine. Donnez le 7 février, - et il y aura de la joie dans les tranchées."

Extrait de "Une merveille du génie français : notre 75", par un artilleur, Paris, librairie Aristide Quillet, 1915:

["…] Le dimanche 7 février 1915, par une matinée pluvieuse, des essaims de jeunes filles se répandirent dans toute la France, portant suspendue au cou la corbeille garnie d’insignes et tenant à la main le tronc au ferraillement joyeux et régulier, où le tintement des pièces blanches et des gros sous se confondait dans un ensemble tout démocratique. Il y avait des insignes de plusieurs sortes, de luxueuses médailles en métal et des rectangles de carton qui auraient paru humbles s’ils n’avaient été la figure des drapeaux. Au reste, beaucoup de promeneurs y allaient de leur grosse pièce, pour avoir droit de s’offrir toute la collection.
Nul n’aurait osé continuer sa course avec une boutonnière indécorée et l’on achetait un nouvel insigne.
Aussi le résultat dépassa-t-il toutes les prévisions : il y eut 22 millions d’insignes vendus pour une somme qui atteignit près de 5 millions et demi de francs. L’apothéose du 75 a donné un peu de bien-être à nos soldats. Elle a aussi été un grand souffle d’union fraternelle entre tous les Français."



Planche d'épinglettes du 75.

Mouchoir de la journée du 75.







Le succès rencontré par la journée du 75 va entraîner une multiplication de ces journées thématiques, notamment en 1915 et 1916. Outre les retombées économiques qu’elles génèrent, celles-ci permettent de fédérer la population et de soutenir moralement les troupes en première ligne. Seront organisées :
  • la journée française du "Secours National" (23-24 mai 1915),
  • la journée des orphelins (20 juin 1915),
  • la journée française (14 juillet 1915) organisée par le Royaume-Uni,
  • la journée des éprouvés de la guerre (26 septembre 1915),
  • la journées du poilu (25-26 décembre 1915),
  • la journée serbe (25 juin 1916),
  • la journée des tuberculeux (4 février 1917),
  • la journée de l’armée d’Afrique et des troupes coloniales (9-10 juin 1917),
  • les journées du devoir social (27 et 28 mai 1918).


Ces journées de bienfaisance ont généralement lieu le dimanche ou les jours fériés. La mairie organise la vente, parfois en collaboration avec des particuliers, des associations ou des institutions charitables. Les insignes sont aussi vendus par les enfants des écoles de la ville. Les vendeurs, qui sont surtout des femmes, sont répartis sur les voies les plus fréquentées et dans les lieux réunissant beaucoup de monde comme les églises ou encore le marché.
Les œuvres de guerre sont de plus en plus nombreuses et commencent à se concurrencer. C’est pourquoi en juillet 1915, le député Louis Lajarrige propose de réglementer les œuvres de guerre. Cela aboutit à la loi du 30 mai 1916 qui vise à encadrer les demandes. Les œuvres doivent alors soumettre leur dossier à la Commission départementale de contrôle des œuvres de guerre composée de différents représentants ministériels et d’œuvres reconnues d’utilité publique ayant leur siège dans le département concerné. Cette
commission délivre alors ou non une autorisation permettant de faire appel à la générosité du public, et contrôle les recettes et les dépenses des œuvres autorisées.
Tandis que les journées de bienfaisance durant la guerre visent à soutenir soldats, veuves et orphelins, celles d’après-guerre seront une aide en faveur de la reconstruction humaine et matérielle. Ainsi, en 1919, a lieu la Journée des Régions libérées et en 1920 la Journée nationale des mères de familles nombreuses.

Discours de Antoine Borrel (député de la Savoie) à l’occasion de la Journée du 75, 7 février 1915.


Il arrose en chantant, lui, à la française ! Tandis que les obus allemands parcourent l'espace dans un bruit de ferraille, nos obus de 75 volent avec de jolies notes, comme si un Titan frôlait du doigt de gigantesques cordes de violon. 

La musique adoucit les mœurs : plus d'une fois j'ai constaté par moi-même combien cette symphonie calmait la turbulence de l'ennemi !
Ah ! Quel spectacle que le "tir en rafale" de notre 75 sur les masses allemandes avançant en colonnes serrées !
Elles ondulent vers nos positions comme de longues chenilles grises. Que va-t-il se passer ?... Un silence impressionnant règne. Tout à coup, une grande voix de bronze résonne. Une note, deux notes...
Les musiciens accordent leurs instruments. Puis le concert commence. Fredonnant leur chanson, rapides, pressés comme des triples croches, les obus déferlent sur les longues chenilles. Des éclairs, des fumées légères : des bras, des jambes, des têtes sautent, des troncs volent...
Derrière les créneaux, nos soldats ouvrent de grands yeux... Et, d'un bout à l'autre de la tranchée, la même exclamation retentit : « Qu'est-ce qu'ils prennent, les Boches ! »

D'autres fois le 75 soutient notre infanterie dans une marche en avant. On croyait le terrain libre; nos soldats avancent. Subitement le tac-tac des mitrailleuses se fait entendre ; les balles bourdonnent aux oreilles. Sur un ordre, nos poilus se sont couchés, ils s'effacent de leur mieux pour éviter la faux qui passe.
Oh ! N'allez pas les croire morts de peur !

Le 75 chante, et les mitrailleuses se taisent, les balles cessent de bourdonner, un nouveau pas en avant va se faire !
Aussi nos pioupious ont-ils pour lui une tendresse réelle. Le long des routes, lorsqu'ils rencontrent les batteries, ils passent les doigts sur les tubes gris des pièces, comme les cavaliers passent la main sur le cou de leurs chevaux.

Et ce ne sont pas seulement nos soldats qui l'aiment, le 75, mais tous les Français ! Aussi, lorsque Baudry de Saunier proposa au Touring-Club de France d'organiser pour ce puissant artisan de la victoire une journée d'apothéose, la "Journée du 75", son idée obtint-elle le succès le plus vif. Maintenant, grâce à la popularité de notre canon, "l'Oeuvre du Soldat au Front" du Touring-Club de France peut arroser les tranchées françaises de bien-être et de joie ! Oui, le 75 arrose bien !...

Que de personnes voudraient connaître de tout près ce personnage fantastique dont tous nos soldats, du dernier de nos poilus au Général en chef, parlent avec admiration, dont tous les Allemands murmurent le nom avec terreur ! Mais tout le monde ne peut aller sur les champs de bataille admirer ses prouesses, et les favorisés du sort voudraient eux-mêmes savoir comment cet empereur des batailles s'y prend pour anéantir nos ennemis.

Quêteuses lors d'une journée de bienfaisance.






Bilan de la journée fait par le maire d'Issoudun


Bilan de la journée dans 'l'Echo de Chatellerault"


Magnifique document, rare et insolite, trouvé sur le site du centenaire et provenant du musée de l'éducation du Val d'Oise:







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